Vos gencives et votre glycémie

Saigner en se brossant les dents n'est pas normal, et avec le diabète ce n'est pas qu'un problème dentaire. La circulation se fait dans les deux sens.

Deux brosses à dents en bois dans un pot de verre devant un mur de salle de bain carrelé.

Du rose dans le lavabo. Ça dure depuis un bon moment, la plupart des matins, et vous avez plus ou moins cessé de le remarquer.

Les gencives de tout le monde saignent un peu, se dit-on. Ça s’arrête si on les laisse tranquilles quelques jours.

Les deux moitiés de ce raisonnement sont fausses, et la seconde coûte cher. Les gencives saignent parce qu’elles sont enflammées, et se brosser moins est précisément ce que l’inflammation espérait de vous.

La circulation se fait dans les deux sens

Le diabète rend la maladie des gencives plus probable et plus grave. Une glycémie plus élevée change le comportement des petits vaisseaux sanguins de la gencive, la façon dont le système immunitaire traite les bactéries au bord des dents, et la qualité de la réparation des tissus. C’est suffisamment établi pour que la santé des gencives figure dans les lignes directrices de pratique clinique de Diabète Canada plutôt que d’être laissée à la seule dentisterie.

Le sens dont on ne parle pas aux gens, c’est le voyage de retour. Une maladie des gencives grave est une infection de faible intensité, sur une surface plus grande qu’on ne l’imagine, installée en continu dans votre bouche, et ce genre d’inflammation persistante semble rendre la glycémie plus difficile à maîtriser.

Savoir si traiter la maladie des gencives améliore de façon fiable l’hémoglobine glyquée (A1C), et de combien, se discute encore, et ce serait exagérer que de promettre un chiffre. Ce qui ne se discute pas, c’est que la maladie des gencives mérite en soi d’être traitée, et qu’elle est plus fréquente chez les personnes vivant avec le diabète qu’elle ne devrait l’être.

De quoi ça a l’air avant de faire mal

La raison pour laquelle on passe des années à côté, c’est que la dent est la partie qui fait mal, et que la dent n’est pas la partie qui part en premier.

  • Un saignement quand vous brossez ou nettoyez entre vos dents. Ce n’est normal à aucun âge.
  • Des gencives rouges et gonflées sur le bord plutôt que fermes et pâles.
  • Un goût ou une odeur qui revient peu importe combien vous brossez.
  • Des gencives qui se retirent, si bien que les dents paraissent plus longues, ou des espaces qui s’ouvrent entre elles.
  • Des dents qui bougent ou qui se sont déplacées, ou une prothèse ou un pont qui ne va plus comme avant.

Rien de tout cela ne fait mal, et c’est exactement le problème. Quand quelque chose finit par élancer, l’os qui tient la dent est habituellement en cause depuis longtemps.

Un lavabo de salle de bain avec un verre à côté du robinet et une serviette pliée sur le comptoir, en lumière chaude du jour.

La dent est la partie qui fait mal. La dent n’est pas la partie qui part en premier.

La bouche sèche, et d’où elle vient

La salive n’est pas accessoire. Elle rince, elle tamponne l’acidité, et elle transporte toute la journée les minéraux qui réparent la surface d’une dent. Une bouche sèche est une bouche dont la protection est coupée, et la carie y avance vite, souvent juste au bord de la gencive, là où la racine est plus tendre.

Deux choses l’assèchent. Une glycémie élevée tire du liquide par les reins, ce qui donne la soif et les allers-retours fréquents que les gens reconnaissent. Et une longue liste de médicaments ordinaires le fait directement : les diurétiques comme l’hydrochlorothiazide, plusieurs antidépresseurs, des médicaments pour la vessie, et la plupart des antihistaminiques.

C’est une raison d’en parler, pas d’agir seul. La bouche sèche est un effet secondaire courant et gérable, il existe souvent des solutions de rechange dans la même famille, et arrêter un médicament pour la tension artérielle à cause d’une bouche sèche échange un petit problème contre un gros. Soulevez la question avec la personne qui l’a prescrit et laissez-la faire le changement.

En attendant : buvez de l’eau à petites gorgées plutôt que du jus ou du café sucré tout au long de la journée, parce que du sucre constant dans une bouche sèche est la pire combinaison possible. La gomme sans sucre stimule la salive. Votre dentiste peut vous suggérer un dentifrice à haute teneur en fluorure ou un substitut de salive, et voudra vous voir plus souvent si votre bouche est sèche.

Surveillez aussi les plaques blanches et crémeuses à l’intérieur des joues ou sur la langue qui laissent une zone à vif et douloureuse quand elles se détachent. C’est un muguet buccal, il est plus fréquent avec le diabète, la bouche sèche et les prothèses, et il se traite une fois que quelqu’un l’a regardé.

Ce dont votre dentiste a vraiment besoin

Dites-lui que vous vivez avec le diabète. Donnez-lui votre plus récente hémoglobine glyquée (A1C) si vous la connaissez, et apportez votre liste de médicaments, y compris ce que vous achetez vous-même.

Puis deux précisions qui changent la façon de fixer le rendez-vous :

Si vous prenez de l’insuline ou une sulfonylurée comme le gliclazide, le glyburide ou le glimépiride, un long rendez-vous qui traverse un repas manqué prépare le terrain à une hypoglycémie dans la chaise, au moment précis où vous ne pouvez pas facilement le dire. Réservez plus tôt dans la journée, mangez normalement avant, et apportez votre sucre à action rapide habituel. Dites-le à la réception au moment de réserver, pas au moment de vous asseoir.

Si vous prenez un anticoagulant, ou un médicament qui touche la guérison ou l’os de la mâchoire, la clinique doit le savoir avant toute extraction. Certains de ces cas exigent une conversation entre votre dentiste et la personne qui prescrit, et cela prend quelques jours plutôt que quelques minutes.

La guérison après un traitement dentaire est plus lente quand la glycémie est élevée, et les infections sont plus probables. Ça vaut la peine de le prévoir plutôt que de le découvrir.

Un comptoir de salle de bain avec une débarbouillette pliée et un pain de savon à côté du lavabo, en plein jour.

Le coût, qui est le vrai obstacle

Il faut le dire simplement : les soins dentaires ne sont pas couverts par l’assurance maladie provinciale au Canada, et le coût est la raison que la plupart des gens donnent pour ne pas y aller. C’est un problème de structure, pas une faute personnelle.

Trois choses valent la peine d’être vérifiées avant de conclure que c’est hors de portée. Le Régime canadien de soins dentaires est un programme fédéral pour les personnes sans assurance dentaire privée, dont l’admissibilité repose sur le revenu du ménage, et il vaut la peine de vérifier votre admissibilité sur le site du gouvernement du Canada plutôt que de présumer. Votre régime d’assurance collective au travail couvre peut-être plus que vous ne le pensez, et certains régimes autorisent des nettoyages supplémentaires précisément pour les personnes vivant avec le diabète. Enfin, les facultés de médecine dentaire et les centres de santé communautaire offrent souvent des soins à un coût nettement moindre.

Ça vaut un mot à votre équipe de soins

Appelez votre dentiste d’ici un jour ou deux pour des gencives qui saignent chaque fois que vous brossez, une dent devenue mobile, ou une plaie ou un ulcère n’importe où dans votre bouche qui n’a pas guéri en deux semaines. Ce dernier point doit être examiné pour lui-même, peu importe ce que fait votre glycémie.

Faites-vous voir le jour même, en urgence, pour un gonflement du visage, de la joue ou de la mâchoire, ou une dent qui élance avec de la fièvre. Un abcès dentaire est une infection qui peut s’étendre.

Allez à l’urgence ou composez le 911 si ce gonflement s’étend vers l’œil ou sous la mâchoire et dans le cou, ou si vous avez de la difficulté à avaler, à respirer ou à ouvrir la bouche. Ce n’est pas un rendez-vous chez le dentiste.

Dites à votre équipe de soins si vous êtes traité pour une infection de la bouche, parce qu’une infection, où qu’elle soit, tend à faire monter la glycémie tant qu’elle dure, et vos mesures peuvent ne pas vous ressembler pendant une semaine ou deux. C’est une raison de mesurer plus souvent et de laisser votre équipe voir les chiffres, pas une raison de changer quoi que ce soit vous-même.

Un petit point de départ

Ce soir, nettoyez entre deux dents. Pas toutes. Deux, avec de la soie ou une petite brossette interdentaire, puis regardez ce qui vient et si ça saigne.

Si ça saigne, c’est une information, et la réponse est de continuer à nettoyer doucement cet endroit plutôt que de l’éviter. Un saignement qui ne s’est pas calmé après une semaine ou deux de nettoyage bien fait est une raison de prendre rendez-vous.

Si vous êtes membre de 360Care, écrivez à votre équipe de soins pour dire que vous prenez un rendez-vous dentaire et demandez-lui quoi dire à la clinique au sujet de vos médicaments. Elle peut aussi vous aider à déterminer si votre régime d’assurance collective ou le programme fédéral en couvre le coût.

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